Autopsie d’une élection avec Mathieu Ravignat

Benoit Sabourin
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Mathieu Ravignat est devenu, le 2 mai dernier, le nouveau député de la circonscription du Pontiac. Élu avec 22 497 votes, soit 8028 voix de plus que son plus proche rival Lawrence Cannon, le néo-démocrate qui habite Cantley a causé une surprise de taille en détrônant l’ex-ministre des Affaires étrangères du Canada. Méconnu en début de campagne électorale, Mathieu Ravignat est aujourd'hui élu à la Chambre des communes en tant que membre d’un parti qui a fait un gain considérable sur l’échiquier politique national. Maintenant que la tempête électorale s’est assouplie, nous vous proposons l’autopsie d’une élection avec votre député fédéral.

Mathieu Ravignat. (Photo: Benoit Sabourin)

1.La circonscription du Pontiac était détenue par Lawrence Cannon, un ministre conservateur considéré par plusieurs comme étant le bras droit de Stephen Harper. En toute honnêteté, est-ce que vous vous attendiez à remporter l’élection du 2 mai?

«Au début, non! Mais durant la campagne électorale, nous sentions sur le terrain qui avait quelque chose qui changeait. Les deux dernières semaines, quand nous nous présentions aux portes, on voyait qu’il y avait eu un changement. Vers la fin de la campagne électorale, je me posais des questions. J’ai aidé sur plusieurs campagnes du NPD et ce n’était vraiment pas le même feeling que nous avions cette fois-ci.

2.Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez appris que vous étiez élu?

«J’étais porté à la réserve. C’est-à-dire que je voulais m’assurer que le compte était bon et que la tendance se maintenait. Je voulais aussi assurer une bonne organisation des entrevues.»

3.Auriez-vous cru qu’un jour vous seriez élu à la Chambre des communes du Canada?

«Non! En partie parce que je ne me voyais vraiment pas comme un candidat au début. La personne qui s’était présentée dans les élections précédentes ne pouvait pas se présenter cette fois-ci donc on m’a approché. J’ai toujours voulu faire de la politique, mais pas nécessairement comme candidat. Je ne songeais pas à devenir député, mais une fois que la campagne a commencé, évidemment, on ne se présente pas pour perdre. Gagner était quelque chose de voulu et de bienvenu!»

4.Croyez-vous que les sondages ont influencé le vote?

«Dans certaines situations, les sondages ont aucun effet et dans d’autres, ils ont un impact. C’est une question difficile à répondre. Pendant la campagne, ce que moi j’ai fais, c’est travailler, sondage ou pas. Au début, on voyait que les sondages allaient de notre côté dans le Pontiac, mais par contre, ils (sondeurs) utilisaient la moyenne provinciale et le Pontiac est une circonscription très unique. Alors, je ne me fiais pas sur les sondages.»

5.Qu’est-ce qui vous a incité à vous lancer en politique?

«Je dirais que ce sont mes filles. Lorsque c’est concret comme cela, on pense à leur futur. Évidemment, j’avais un intérêt en politique. J’ai toujours suivi ça de près et j’ai toujours été actif dans les campagnes passées. Ça me semblait être le bon moment pour changer les choses pour le mieux.»

6.Quelle est votre formation académique?

«Je possède une maîtrise en science politique de l’Université d’Ottawa.»

7.Quelles expériences professionnelles vont selon vous vous aider à bien faire votre travail de député à la Chambre des communes?

«Ce que j’ai fais dans ma vie professionnelle, c’est essentiellement de créer des partenariats de recherche entre différents départements du gouvernement et différents secteurs de la société, que ce soit le public, le privé, l’académique, le secteur à but non-lucratif et des groupes autochtones. Cette formation comme rassembleur est selon moi tout-à-fait pertinente pour un député. Aussi, ma capacité de recherche et d’analyse, particulièrement sur des grands enjeux comme l’environnement, les autochtones, les langues officielles, la vitalité des communautés en situation minoritaire au niveau des langues officielles… Tout ça me permettra, je crois, de faire un bon travail éclairé comme député.»

8.Le Pontiac est une très grande circonscription en termes de superficie. Certaines personnalités publiques de la région ont mentionné, suite à l’élection du 2 mai, que le départ de M. Cannon n’était pas nécessairement de bon augure pour l’avenir du comté. Qu’est-ce que vous comptez faire pour bien représenter les résidents du Pontiac malgré le fait que vous êtes tout de même dans l’opposition officielle?

«Si M. Cannon avait été tellement un avantage pour les gens du Pontiac, les gens n’auraient pas voté pour quelqu’un d’autre! Je pense qu’il y a des lieux dans la circonscription où nous ne sentions pas sa présence. On trouvait qu’il était très absent. La différence entre M. Cannon et moi, c’est ma présence dans la circonscription. Je vais être présent! Je ne suis pas un ministre des Affaires étrangères et je ne voyagerai pas à tout bout de champ, quoi que c’est tout-à-fait normal pour un ministre des Affaires étrangères de voyager et j’ai beaucoup de respect pour M. Cannon. Mon objectif sera d’être là pour assurer le suivi des dossiers qui sont importants et concrets. Dans l’opposition, nous avons un budget de recherche qui est considérable et nous pouvons proposer des projets de loi. Je vais travailler avec les gens et non pour les gens et je serai beaucoup plus présent dans le comté. »

9.Quel est votre dossier prioritaire à traiter?

«Il y en a plusieurs! Ce qui m’importe le plus dans le Pontiac, c’est la perte d’emplois, particulièrement dans l’industrie forestière. Je veux regarder quels sont les besoins de ce secteur-là, mais aussi comment est-ce que je peux aider pour stimuler l’économie régionale et les petites entreprises qui sont très importantes pour la création d’emplois.»

10.Qu’est-ce que vous aimez dans le Pontiac?

«Depuis que je suis très jeune, je passe mes étés à Gracefield. Pontiac est de toute beauté, non seulement au niveau écologique, mais aussi au niveau de la diversité des gens. Nous avons des anglophones dans l’Ouest, des lieux très agricoles et nous sommes fortement urbanisés dans le Sud. Il y a une population francophone et deux réserves…»

11.À quel endroit allez-vous ouvrir votre bureau?

«Je ne peux pas confirmer cette information pour l’instant! Nous cherchons à avoir au moins trois bureaux dans la circonscription, mais nous n’avons pas encore décidé à quel endroit ils seront situés. Nous allons tenter de donner un accès facile aux gens.»

12.À quoi peuvent s’attendre de votre part les résidents des secteurs de Masson-Angers et de Buckingham?

«Au niveau des questions urbaines qui les touchent, il y a le transport en commun qui est difficile dans les deux secteurs. C’est un dossier qui m’importe beaucoup! Il y a aussi le dossier de la fermeture de Papiers Masson! Aussi, le centre de Buckingham se vide de petites entreprises et il faut faire tout ce que nous pouvons pour les aider. Ce que je dois faire d’abord, c’est rencontrer les acteurs de cette région pour voir leurs priorités et voir comment je pourrais être utile.»

13.Selon vous, quel doit être le rôle du Québec dans le Canada?

«La position du NPD, c’est d’avoir une sorte de fédéralisme asymétrique. Donc, la présence de la nation québécoise est d’une importance primordiale. Ça apporte une perspective particulière! Je crois que nous avons su répondre aux valeurs des Québécois et Québécoises. Ils nous ont supportés parce que nous touchons leurs valeurs et nous devons défendre celles-ci. Je pense que le Québec apporte quelque chose de positif et de plus "social" à la fédération canadienne. En plus, le Québec possède une culture artistique très importante. Tout cela vient bonifier le reste du pays. […] Le Québec a une capacité de se mobiliser qui est importante pour la défense de la démocratie.»

14.Quelles habiletés un bon député doit avoir?

«Il faut bien écouter! Il faut bien réfléchir et il faut bien agir! La réflexion sans l’action, ça ne vaut pas beaucoup.»

15.Pour les gens qui ne connaissent pas Mathieu Ravignat, quelle est la plus grande force de celui-ci?

«Je suis pas mal tenace! Je ne lâche pas!»

16.Maintenant que vous êtes élu à titre de député néo-démocrate pour les quatre prochaines années, qu’est-ce qui changera selon vous le plus dans votre vie quotidienne?

«J’ai l’avantage d’être tout près d’Ottawa. Je crois que ça changera très peu. Il faut que j’apporte mes enfants à la garderie et que je me rende en ville pour travailler, chose que je faisais avant. J’imagine que je serai très occupé! Évidemment, l’intérêt des médias change beaucoup de choses! Ce qui était privé devient parfois public! Il faut protéger notre vie privée un peu plus.»

17.Quel doit être le rôle du NPD pour assurer une opposition officielle efficace?

«Il faut se coordonner d’une façon très efficace et pousser nos projets de loi que nous pensons importants! Il faut être une voix pour nos idées et nos valeurs! Il faut être présent constamment et faire notre travail. Il faut être la voix de la majorité des valeurs des Canadiens et Canadiennes parce que les conservateurs ne représentent pas les valeurs de la majorité de la population.»

18.En quoi les valeurs du NPD rejoignent-elles votre personnalité?

«Jeune, ma mère était active au niveau politique! Nous avons toujours eu un souci d’intérêt pour les plus démunis de la société et pour la classe moyenne et ouvrière. Ce sont les valeurs qui mont été données. Je viens d’une famille très active dans le mouvement syndical.»

19.Quel personnage politique vous a le plus marqué?

«Ed Broadbent est un grand homme pour moi! Au niveau international, Nelson Mandela a été très important pour moi!»

20.Avec vos nouvelles fonctions, vous serez souvent appelé à communiquer en public et à interagir avec les médias. Est-ce que cela vous fait peur?

«Non, ça ne me fait pas peur. La seule chose, c’est que je trouve que les médias ont souvent déjà une idée de l’histoire qu’ils veulent raconter. On peut leur donner toutes les informations que l’on croit bonnes, mais elles ne se retrouvent pas nécessairement dans les journaux. Mais, ça ne me fait pas peur du tout! Je trouve que c’est un aspect très important de la démocratie d’avoir des médias qui sont indépendants. Ça me fait plaisir de faire cette partie de mon travail.»

21.À quoi ressemble votre agenda des prochaines semaines?

«Pas mal chargée… Elle était déjà chargée, mais définitivement, il va avoir d’autres entrevues à passer. Je vais aussi rencontrer beaucoup de maires pendant les prochaines semaines. Il y a la rentrée à Ottawa… Il faut trouver l’emplacement de nos bureaux dans la circonscription! Je dois rencontrer les acteurs. Il va aussi y avoir des congrès du parti.»

22.Selon vous, est-ce que l’environnement du Pontiac se porte bien?

«Oui! Mais, il y a du travail à faire pour protéger les lacs, les rivières et la qualité des eaux. Il y a place à l’amélioration! Toutefois, en général, je pense que les gens tiennent leur environnement à cœur et ça se montre dans leurs choix.»

23.Qu’est-ce qui doit être amélioré le plus rapidement possible dans le milieu de la santé en Outaouais et dans le Pontiac?

«C’est l’accès aux services. Il y a des régions dans le Pontiac qui ont un accès difficile aux services et dans lesquelles les gens doivent voyager. Il faudrait voir si nous ne pourrions pas amener plus de professionnels de la santé dans les régions plus isolées.»

24.Croyez-vous que le Canada sera prêt un jour pour un gouvernement majoritaire néo-démocrate?

«Oui! Nous avons quatre ans pour prouver aux gens que nous sommes là pour eux et nous allons travailler fort pour les valeurs de la majorité des Canadiens et Canadiennes. Je crois que nous en sommes là. Les Canadiens en ont marre des vieux partis et puis c’est le temps de donner la chance à un parti qui a passé beaucoup de temps à travailler pour eux avec très peu de moyens.»

25.Est-ce que vous vous sentez prêt à siéger à la Chambre des communes?

«Absolument! J’ai hâte!»

Organisations: Chambre des communes du Canada, Affaires étrangères, Université d’Ottawa

Lieux géographiques: Québec, Buckingham, Canada Ottawa Gracefield

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  • Anne Amyotte
    29 mai 2011 - 19:57

    M. Ravignat: Je souhaite que votre priorité sera d'apporter dans notre Pontiac des infra-structures qui vont faciliter le développement de notre région. Notre population diminue à un rythme alarmant. Nous n'avons rien à offrir à nos jeunes. Il vous faut créer des emplois permanentes qui vont créer une stabilité économique. Les commercants vont pouvoir remettre des argents dans leurs économies locales. Nous sommes entrain de s'éteindre lentement mais surement. Les programmes d'assurance chômage, les projets sont tous des solutions à court terme qui ont fait leur temps. Ils n'ont pas assuré une continuité dans notre région. Aidez-nous à donner vie à ce grand territoire. Allez nous chercher des investisseurs, mettez sur pied une seule compagnie qui va assurer la survie des Pontissois. Votre place sera bien gravée; redonnez nous notre fierté.