Cinquante nuances plus sombres : une suite aussi pénible que l'original

Sortie cinéma


Publié le 15 février 2017

Une fois était déjà trop. La deuxième est carrément un supplice. Le problème avec Cinquante nuances plus sombres est qu'il allie le pire du drame sentimental et de la pornographie dite douce.

Étoiles: ** Isabelle Laramée

On a l'impression d'errer pendant 1h55 d'un soft porn des années 70 présentant une histoire sans queue ni tête où deux personnes se demandent comment elles doivent s'aimer.

La réalisation a beau nous donner quelques images esthétiquement très belles, il est impossible de les apprécier en raison de tous les irritants qui entourent la signature artistique.

Cinquante nuances plus sombres ne défrisera pas grand monde. Il y a bien quelques moments lancinants, mais ils tombent à plat puisqu'on a l'impression de devoir franchir un désert d'ennui pour y arriver.

Le deuxième périple de la série aussi richissime que son Christian Grey rassemble en son sein l'ensemble des clichés des films d'amour. Les yeux fermés, on a l'impression d'écouter en accéléré une saison d'un vieux soap de fin de journée.

Histoire

Séparée de Christian Grey (le pas très crédible Jamie Dornan), Anastasia Steele (la stoïque Dakota Johnson) s'ouvre à l'autonomie et à une nouvelle vie comme adjointe dans une maison d'édition.

Les deux tourtereaux décident toutefois de se donner une deuxième chance après une rencontre dans un vernissage. Cette fois-ci par contre, c'est madame qui a le gros bout du bâton. Christian est prêt à faire des compromis et briser le contrat qui plaçait Anastasia comme étant sa soumise.

Leur lune de miel sera perturbée par une ex-soumise de M. Grey qui pourchasse la nouvelle flamme. La femme qui a tenté de se suicider il y a quelque temps s'en prend maintenant à Anastasia. Elle n'est pas au bout de ses peines en raison de son patron trop entreprenant.

Psycho-pop

Pour enrober les scènes olé olé, les scénaristes E.L. James (auteure) et Niall Leonard ont pigé dans les clichés de la psychologie pour affubler Christian d'une enfance misérable. Fils d'une mère accro au crack, il s'est fait battre dans sa tendre enfance. On peut y faire maintenant plein de liens avec son fétichisme.

Puis, il y a Anastasia qui souhaite se défaire de l’emprise de son richissime chéri en commençant par son milieu de travail. Elle ne veut pas qu'il achète sa maison d'édition. Elle devra un peu plus tard faire face au stéréotype de son patron aux mains longues qui voit le sexe comme une opportunité de carrière.

À eux seuls, ces deux clichés de l'homme brutal qui répète un cycle de son enfance comme victime et de la femme vue simplement comme un objet font lever les yeux au plafond. On vous épargne le reste.

Relation tordue

Ce qui rend la série futile et inintéressante est la relation entre les deux personnes qu'on n’achète pas. On n’y croit pas. Personnellement, sexuellement et socialement à l'opposé, Christian et Anastasia forment l’un des couples les moins crédibles du répertoire.

La relation de contrôle de Christian qui s'étend en dehors du lit fait du personnage féminin l'un des plus arriérés du siècle dernier. Thelma et Louise se lanceraient une deuxième fois en bas de la falaise si elles avaient à voir la scène où monsieur ne veut pas que sa belle parte à New York pour un voyage d'affaires.

À la relation de contrôle s’additionne celle d'enseignement de l’abécédaire du BDSM (expression désignant les disciples du bondage, du sadisme et du masochisme) par M. Grey. L'entendre expliquer les rituels à madame servait peut-être dans le scénario à émoustiller le public. Au final, on a tout de même l'impression de s'être fait rouler dans la farine.

Malgré l'accumulation des critiques désastreuses, Cinquante nuances plus sombres fera certainement un tabac comme son prédécesseur.

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