Journée du sport féminin: les obstacles de Magali Harvey

Un exemple de résilience


Publié le 23 janvier 2017

Magali Harvey a entendu toute sorte de commentaires, dont le fait qu’elle était «trop belle» pour être une joueuse de rugby.

©(Photo gracieuseté – Martin Girard, Shoot Action)

Depuis son adolescence, le rugby occupe une grande partie de la vie de Magali Harvey. À de nombreuses occasions, le moral et la passion de l’athlète de 26 ans ont été mis à rude épreuve, mais rien pour l’éloigner de la pelouse verte. Avec le temps, elle a appris qu’il était possible de transformer un échec en succès.

En juillet dernier, le grand manitou de l’équipe nationale de rugby à VII, John Tait a choisi de l’écarter de la formation qui a remporté le bronze aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

Ce dernier avait évoqué un manque de constance dans son jeu ainsi qu’une blessure à la cheville qui a nécessité une guérison de quatre mois.

Décision qui en a surpris plusieurs, compte tenu du fait que Harvey a l’habitude de briller de tous ses feux sur la scène mondiale avec l’uniforme canadien. En 2014, lors de la Coupe du monde de rugby à XV, elle a aidé son pays à monter sur la deuxième marche du podium avant de recevoir la distinction de joueuse par excellence de la planète.

La nouvelle avait alors fait couler beaucoup d’encre, notamment en raison des interrogations sur la relation entre M. Tait et sa #14. Son père, Luc Harvey, homme politique bien connu, avait publiquement traité M. Tait de «pauvre con».

«Il y a quelques mois, je voulais disparaître, j’étais humiliée et gênée de ma non-sélection. Si j’arrêtais de jouer à cause de la décision d’une personne [lire ici, John Tait], c’était comme si je laissais cette personne prendre une partie de qui je suis.»

Aujourd’hui, elle entend tout faire pour réintégrer le programme national, cette fois en rugby à XV, formation dirigée par François Ratier, dans le cadre de la Coupe du monde qui aura lieu en Irlande cet été.

«La situation me fend toujours le cœur, mais le positif, c’est que j’ai appris que je pouvais me relever de n’importe quelle situation. Il y a toujours une nouvelle porte qui s’ouvre.»

Journée du sport féminin

Le 24 janvier, la communauté mondiale sensibilise l’opinion internationale à la place que peut occuper le sport féminin dans chaque pays du monde. Plusieurs athlètes canadiennes déplorent l’inégalité entre les deux sexes.

En entrevue, Magali Harvey a admis avoir surmonté un bon nombre d’obstacles depuis qu’elle foule la pelouse verte sur une base régulière.

«Apparemment, le rugby n’est pas un sport pour les femmes. J’ai aussi eu plusieurs commentaires sur mon apparence, que je n’avais pas l’air d’une joueuse de rugby, que j’étais trop belle. Le plus amusant, c’est de leur prouver le contraire.»

Aux derniers Jeux olympiques, la délégation féminine a remporté 16 des 22 médailles du Canada. Malgré tout, il est encore question du peu de place occupée par le sport féminin dans l’espace public. Un autre motif qui alimente les discussions : les différences salariales entre l’élite des deux sexes.

À ce sujet, l’athlète de 26 ans a sa propre opinion. «J’ai l’impression que c’est un cercle vicieux. Les moyens ne sont pas mis de l’avant pour promouvoir le sport féminin. Les femmes ont fait leurs preuves cet été à Rio, il est temps de les mettre à l’avant!»

De nombreuses statistiques ont évoqué que les jeunes filles, rendues à l’adolescence, délaissent leur sport favori pour diverses raisons. À l’instar de sa coéquipière Karen Paquin, Harvey veut prêter sa voix afin d’encourager la relève à persévérer. Un conseil? «Faites-le pour l’amour du sport, ne vous souciez pas de l’opinion des gens.»

Une virée en Nouvelle-Zélande

À la fin du mois de juillet, l’ancienne étudiante-athlète de l’Université St-Francis-Xavier est à nouveau sortie de sa zone de confort lorsqu’elle a choisi de mettre le cap sur la Nouvelle-Zélande.

Tout d’abord, elle a pris la position d’ailier au sein de l’équipe de Waikato avant de participer à divers tournois avec d’autres formations, dont un au Japon. Elle a même joué au touch rugby avec des hommes retraités.

«Je ne m’ennuyais pas de la maison, mais j’ai appris à être confortable dans l’inconfort. J’ai travaillé dans un café où j’ai eu toute la misère du monde à comprendre l’accent néo-zélandais, puis j’ai entraîné un groupe d’adultes avec différents degrés de handicap. Je n’étais pas vraiment qualifié, mais j’ai adoré!»