Trois questions à l’haltérophile Marie-Ève Beauchemin-Nadeau

Journée internationale du sport féminin


Publié le 23 janvier 2017

Marie-Ève Beauchemin-Nadeau

©TC Media - Archives/Denis Germain

Le 24 janvier est la Journée internationale du sport féminin. Le Reflet a demandé à l’haltérophile Marie-Ève Beauchemin-Nadeau de s’ouvrir sur les enjeux auxquels les athlètes féminines font toujours face en 2017.

1. Durant votre carrière sportive, avez-vous dû surmonter des obstacles parce que vous êtes une femme?

«J’ai beaucoup de chance parce je suis née dans une famille et dans un pays pour qui il est normal qu’une fille ou qu’une femme fasse du sport. J’ai fait mes débuts en natation avec mon père à l’âge d’un an. Mes parents m’ont toujours encouragée en ce sens. Quand j’ai commencé à faire de l’haltérophilie, j’étais entourée de garçons et de filles qui en faisaient aussi. Je n’ai jamais eu de commentaires négatifs du fait que je suis une femme.

Les seules personnes qui m’ont réellement fait remarquer que ça pourrait être anormal, ce sont les gens qui ne viennent pas du milieu sportif, comme les médias, des amis de mes amis et la famille élargie. On me demande souvent: «C’est comment faire un sport de gars quand tu es une fille?» Je ne considère pas que je fais un sport de gars. Je fais ce sport parce que j’en suis amoureuse, complètement. Dans mon groupe d’entraînement, je m’entraîne avec des gars, des filles, des hommes et des femmes, et je sais que c’est comme ça à peu près partout au Canada.»

2. Selon vous, pourquoi, à l’exception des Jeux olympiques, le sport féminin occupe-t-il si peu de place dans l’espace public?  

«Je pense que deux facteurs expliquent ce phénomène: l’argent et l’espace médiatique. Le sport professionnel a beaucoup plus d’argent que le sport amateur. Chez les professionnels, les hommes gagnent beaucoup plus d’argent que les femmes. Les organisations qui représentent les athlètes masculins professionnels ont beaucoup plus d’argent à mettre en publicité, ce qui leur attire des fans, et qui leur donne encore plus d’argent.
Plus un sport ou un athlète est populaire, plus il aura d’attention médiatique. Lorsque les gens ne connaissent pas un sport, ils sont moins intéressés à le suivre. On entre dans une boucle: les sports et les athlètes populaires le sont de plus en plus et les sports et les athlètes impopulaires le sont de plus en plus. Les médias ont le pouvoir de briser cette boucle. Si les médias parlaient plus souvent de sports différents, les gens s’en intéresseraient. Si les médias parlaient plus souvent des athlètes féminines, les gens voudraient en savoir plus. Si on pouvait arrêter de parler des trois mêmes sports masculins, je suis convaincue que les gens seraient heureux.»

3. Quel conseil donneriez-vous à une jeune fille qui débute dans le sport?

«Je pense que le plus important, c’est de s’accomplir, d’avoir du plaisir et de la satisfaction dans ce qu’on fait. Faire du sport, c’est une des activités les plus défoulantes, énergisantes et socialisantes. Les filles et les garçons peuvent avoir du plaisir et s’accomplir dans le sport, peu importe le sport. Mon conseil est de prendre son plaisir et de donner à fond.»