Sid le grand

Une chronique de Martin McGuire

Publié le 12 juin 2017

Sidney Crosby

©Mark Humphrey, The Associated Press

Encore la Coupe à Pittsburgh! C'est la première fois depuis les Red Wings de Détroit qu'une équipe parvient à rééditer l'exploit deux années de suite. Il s'agit d'un exploit fabuleux et exceptionnel, d'autant que les Penguins ont souffert toute la saison, surtout en fin de campagne, de nombreuses blessures à des joueurs-clés. 

C'est sans leur défenseur vedette, Kris Letang, un défenseur capable de jouer 30 minutes par match, et en devant composer avec des blessures à d'autres défenseurs comme Olli Maatta, que les Penguins ont réussi.

Mais c'est encore l'apport exceptionnel de Crosby qui a fait la différence. Il a mis la main sur un deuxième trophée Conn Smythe consécutif. Il est l'inspiration de son équipe, mais aussi d'une nation et de la Ligue.

En 2017, Crosby aura conduit le Canada à une victoire à la Coupe du monde, faisant de Bergeron et Marchand, ses compagnons de trio, des marqueurs de qualité. Il a mis fin dimanche soir à cette incroyable épopée en touchant à sa troisième Coupe. Il est le digne héritier de Wayne Gretzky et de son propriétaire, Mario Lemieux.

Les Penguins gagnent ainsi une cinquième Coupe depuis 1991. Wow! Le Canadien en a 24, mais sa dernière remonte à 1993, une époque déjà assez lointaine, surtout lorsqu'on regarde des photos liées à cette dernière conquête. Les vêtements portés par ceux sur la photo trahissent l'époque, puisqu'il s'agit déjà d'une époque.

Les Pens auront su entourer Crosby encore une fois, d'abord avec Evgeni Malkin, mais aussi avec de bons employés modèles et loyaux envers l'équipe de Sidney.

L'incroyable force de caractère de Crosby s'est de nouveau révélée durant cette finale. Ennuyé par les propos de P.K. Subban, qui ont pris une place démesurée médiatiquement parlant, Crosby a cloué le bec du numéro 76. Une leçon que devra retenir P.K. s'il veut être un jour du côté des gagnants. C'est sur la glace et par les performances que les joueurs de haut niveau parlent.

Des moments touchants lorsqu'on a remis la Coupe dans les bras de Marc-André Fleury, dimanche. Le jeune homme sait bien qu'il s'agit probablement de sa dernière en carrière. Il ne jouera plus à Pittsburgh. Il a encore fait une incroyable démonstration de ce qu'est le don de soi en laissant sa place lorsqu'on lui demandait de le faire, même quand ce n'était pas mérité, et se taire pour ne pas être une distraction pour ses coéquipiers.

Sauf que cette fois, il peut la savourer, cette Coupe, car il a contribué à neuf victoires, évitant l'élimination aux Penguins contre les puissants Capitals de Washington. Dans la conquête du printemps 2017, il faudra se souvenir de cette victoire lors du septième match. Comme les Bruins en 2011 avaient réussi à écarter le Canadien lors d'un septième match, les Pens ont écrasé la menace que représentaient les Caps et ils l'ont fait avec le panache dont on a fait preuve Fleury.

Son coéquipier Kris Letang, qui malheureusement en raison de sa blessure, a passé plus de temps avec Lemieux dans sa loge que sur la glace, lui a rendu un vibrant hommage devant les caméras de TVA Sports après la partie. C'est une autre leçon que nous donne Marc-André, accepter avec humilité une situation dont on ne détient pas le contrôle. Une leçon dont tous les joueurs devraient tirer profit.

On se souvient des gagnants et on oublie souvent les finalistes, sauf que les Preds, nous ne les oublierons pas de sitôt. Une équipe attachante et une foule charismatique, qui a démontré qu'on peut suivre une équipe de hockey au Tennessee, terre de football.

Nashville fera désormais partie des bonnes adresses de la LNH. Ça aussi, c'est un tour de force. Une équipe qui repêche bien et dont la qualité du développement devrait être imitée.

Un œil au beurre noir

Même si la dernière finale a été de haut niveau, mis à part quelques débordements émotifs lors du match cinq, la qualité de hockey présentée a encore une fois aidé considérablement à faire rayonner le produit de la LNH. Mais attention, dans cette grande victoire des Penguins, la Ligue s'est fait passer un compte de huit. Si elle n'en tient pas compte, cela pourrait la rattraper tôt ou tard.

L'œil au beurre noir vient du fait que les officiels n'ont pas performé au niveau de la qualité des athlètes, qui défendaient les couleurs des 16 équipes impliquées en séries. La plupart des séries ont été excitantes, serrées et âprement disputées. Sauf que certaines ont laissé une place à l'exagération, tant au niveau des coups portés sur la patinoire que dans un élargissement évident de l'interprétation des règles.

Ayant déjà blâmé les arbitres plus d'une fois, je vais les laisser tranquilles et me rabattre cette fois sur leurs patrons, les vrais patrons de la Ligue: les directeurs généraux.

Ensemble, ils doivent aussi faire preuve d'humilité et penser en fonction de la qualité du produit offert. Pour ne pas que la Ligue souffre dans un avenir rapproché de la perte d'un joueur de talent comme Crosby ou peu importe qui, on doit revenir à une application plus stricte du livre des règlements. Le livre est bon, mais il a besoin de quelques modifications.

S'il vous plait, messieurs de la LNH, faites en sorte que vos arbitres ne se contentent pas de gérer un match en fonction du pointage et de l'enjeu. Qu'ils s'appliquent à respecter le livre. En fin de compte, les dirigeants, propriétaires et joueurs y gagneront et les amateurs pourront aussi s'y retrouver. Autant ceux qui ont découvert la passion générée par ce très beau sport que peut être le hockey, que les autres de l'autre côté de la frontière qui ont fait de ce sport leur passion depuis longtemps et qui en connaissent toutes les subtilités.

Tout le monde autour de la table sera gagnant si on permet aux arbitres de faire une application systématique et rigoureuse du livre, qui a été écrit en grande partie par les directeurs généraux.

Repêchage

Les prochains jours seront fébriles. Amateurs, soyez à vos téléphones intelligents, ça va bouger.

Déjà, à titre d'exemple, des joueurs comme James Neal des Prédateurs, devraient être sacrifiés dans une transaction pour éviter de les perdre aux mains de Las Vegas, on pourra ainsi protéger le «Fab 4» à la ligne bleue des Preds.

Certaines équipes auront des décisions difficiles à prendre d'ici vendredi. Le Canadien en fait aussi partie. Alex Galchenyuk n'a toujours pas signé d'entente. Marc Bergevin a jusqu'à la fin de cette semaine pour trouver une issue à ce dossier, sinon il devrait avoir à le troquer à une autre équipe.

Pour le DG du CH et son équipe de recruteurs dirigée par Trevor Timmins, il s'agit d'une époque charnière. Ils doivent composer avec un plafond salarial qui ne montera pas, un repêchage d'expansion aux règles restrictives et de hautes attentes, ce qui ajoute de la pression sur leurs têtes. Si la mauvaise décision est prise, elle pourrait bien coûter cher pour plusieurs années.

Nous avons tous vu ce qu'étaient les Prédateurs sans Ryan Johanssen, alors imaginez le CH sans Galchenyuk, ou sans un joueur au talent comparable, au minimum… pour pouvoir le remplacer.

Nous en sommes là, le CH est à la croisée des chemins. Toute cette pression est maintenant sur les épaules de son directeur général et de ses acolytes pour refaire du Canadien une équipe exceptionnelle encore!

Imaginez…

Quel dimanche aurions-nous connu en ce 11 juin 2017.

Lance Stroll couronné vainqueur à son premier Grand Prix du Canada. Les 260 000 personnes au Circuit Gilles-Villeneuve envahissent la piste pour courir derrière la voiture du jeune prodige québécois lorsqu'elle traverse la ligne d'arrivée. Imaginez la passion qui enflamme la ville à ce moment.

À peine la bouteille de champagne ouverte, car à 18 ans, Stroll en a le droit au Québec, le Canadien célèbre sa 25e Coupe Stanley quelques heures après sur la glace du Centre Bell.

Les chantiers de Turcot et Champlain n'étant pas terminés, les gens affluent de partout. Devant les bouchons de circulation, ils veulent fêter ces deux grandes victoires et convergent vers la cité. Mais les accès sont bloqués! Alors ils abandonnent leur voiture sur Décarie et courent vers le centre-ville!

La ville est paralysée par la joie. Le ministère des Transports, informé trop tard, ne réagit pas à temps et les fans de Stroll et ceux du Canadien ont dû rester au centre-ville, pris dans les rues de Montréal pendant plus de 24h.

Le party n'était pas terminé aux petites heures lundi matin. Quelle apocalypse!

Oups, mon voisin fait des travaux de rénovation. Un peu de bruit, je viens de me réveiller en sursaut! La Coupe a bel et bien été remportée à Nashville et Lewis Hamilton a gagné le Grand Prix.

Avouez qu'on l'a échappé belle!