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Il se remet d’un AVC et devient barbier


Publié le 8 décembre 2017

En racontant son histoire, Daniel Lucas espère envoyer un message d’espoir aux victimes d’AVC.

©Photo TC Media - Louis-Charles Poulin

TÉMOIGNAGE. Victime d’un AVC, Daniel Lucas a déjoué les pronostics des médecins, qui le croyaient invalide, en ouvrant son propre salon de barbier à Masson-Angers.  

À l’âge de 40 ans, alors qu’il participait à une compétition de culturisme à Montréal, cet ancien directeur de magasin et entraîneur en musculation a été victime d’un AVC en 2015. «Je vivais beaucoup de stress et je souffrais déjà de haute pression […] On ne boit pas beaucoup d’eau pendant ce genre de compétition et j’avais vraiment soif. Avant de monter sur scène pour aller faire mes poses, j’ai demandé à une juge si je pouvais boire dans sa bouteille d’eau. Je suis gaucher donc j’ai essayé de prendre ma main gauche pour tourner le bouchon. Dans ma tête ma main y allait, mais en réalité mon bras était complètement mort et ne bougeait plus. Le côté gauche de ma bouche a commencé à s’affaisser et je suis tombé», indique-t-il en expliquant qu’un caillot est monté du côté droit de son cerveau et a paralysé le côté gauche de son corps. Une trentaine de minutes plus tard, il était dans un lit d’hôpital où il est resté pendant trois semaines, avant d’être transféré à l’Hôpital de Hull où il est resté plus d’un mois.

«Je suis reparti à zéro et j’ai tout réappris. J’ai réappris à marcher et même à avaler, car je n’étais plus capable de manger ma nourriture», confie celui qui a dû se faire à l’idée avec le fait qu’il allait devoir changer le rythme de vie effréné qu’il entretenait. «J’avais beaucoup de clients, j’étais toujours en train de courir et de servir tout le monde et je me pompais au gym. J’avais un rythme de vie élevé», avoue celui qui a complètement changé son style de vie. Étant travailleur autonome, il a tout perdu et n’a reçu aucune aide financière. N’ayant qu’un seul salaire pour subvenir à leurs besoins, soit celui de sa conjointe, Sonia Dovale. Le couple a dû abandonner leur condo situé au 4e étage d’un immeuble à Aylmer pour déménager dans un quartier plus tranquille à Masson.  Un choix qu’il ne regrette pas. «J’adore Masson-Angers», lance M. Lucas. «C’est vraiment tranquille ici et il est beaucoup moins stressé depuis. Ç’a complètement changé notre rythme de vie», ajoute sa conjointe.

Ayant  beaucoup de temps seul à la maison, l’homme de 42 ans a commencé à lire sur la spiritualité et s’est ouvert à la méditation issue des enseignements bouddhistes. Il s’est rendu au Centre de Méditation Vipassana, situé à Montebello, où il a pu se libérer de 40 % de ses douleurs, selon lui, en y passant dix jours en échange d’un don. Il explique qu’à cet endroit, il devait méditer durant toute la journée sans contact avec l’extérieur, en compagnie de nombreuses autres personnes, dans le silence total. «Tu médites sans bouger et la seule chose que tu fais c’est respirer. Quand tu ne bouges pas, tu commences à avoir des douleurs un peu partout. Plus tu endures tes douleurs et plus elles montent en toi et tu te rappelles de choses que tu as gardées en toi dont tu ne te souviens plus. Ça enlève toutes les douleurs», fait savoir celui qui a appris à «lâcher prise» à cet endroit. Je me croyais invincible avant et mes muscles c’était ma carapace. Maintenant, c’est vraiment le lâcher-prise ma carapace», informe-t-il en disant qu’il voit la vie de façon beaucoup plus positive aujourd’hui. L’idée d’ouvrir son propre salon de barbier a également émergé lors de son séjour à Vipassana.

Devenir barbier m’a vraiment aidé au niveau de ma mobilité et de ma coordination.

Daniel Lucas

Il a donc décidé de s’inscrire à la Maison Privée – Academy, située à Montréal, pour suivre un cours pour devenir Barbier professionnel. «Devenir barbier m’a vraiment aidé au niveau de ma mobilité et de ma coordination». Étant parfois épuisé après avoir réalisé plusieurs coupes de cheveux dans une même journée, M. Lucas a préféré ouvrir son propre salon de barbier à son domicile pour travailler à son rythme. «Je prends de cinq à huit clients par jour maximum et je me garde du temps pour me reposer», explique celui qui a pour l’instant une trentaine de clients réguliers. Éventuellement, il rêve d’ouvrir son propre salon commercial, avec trois ou quatre chaises, dans la région. Pour finir, le barbier indique qu’il aimerait redonner à la communauté en offrant généreusement une coupe de cheveux à des enfants dans le besoin avant la période des Fêtes. «Après son AVC, il n’était même pas capable de se lever seul. Il a tellement fait de cheminement et je suis vraiment fière de lui», conclut sa conjointe. 

Pour plus d’informations ou pour prendre un rendez-vous pour une coupe de cheveux, il est possible de consulter la page Facebook : Barbier Lucas.